Mouna EL MOKHTARI

      « J’ai fait du latin de la cinquième à la terminale et du grec de la seconde à la première. J’ai passé mon baccalauréat littéraire avec la spécialité latin et j’ai pu gagner des points. En dehors de tout calcul matérialiste, cet apprentissage des langues anciennes m’a beaucoup fait progresser dans d’autres domaines et me sert encore aujourd’hui.

D’abord, la pratique de ces langues mortes m’a permis de développer considérablement les capacités de ma mémoire. Apprendre déclinaisons, conjugaisons et vocabulaire de manière régulière m’ont fait développer des moyens mnémotechniques et m’ont aidé à comprendre le fonctionnement de la mémoire. Je sais que par rapport à d’autres personnes qui n’ont pas fait de latin ni de grec, j’ai plus de facilités et je vais plus vite pour retenir des numéros ou des textes. Et la mémoire fonctionne sur le mode de la répétition : plus on répète les choses, plus on les retient et plus on les retient longtemps.

Ainsi, la pratique de langues dites « vivantes » (français, anglais, espagnol, allemand…) doublée d’une pratique d’une ou plusieurs langues mortes donne la possibilité de réviser ses leçons: car d’une part certains mécanismes sont communs et d’autre part, les langues mortes aident à mettre en évidence les structures syntaxiques des autres langues. Ainsi, le latin nous permet, par exemple, de revoir les bases grammaticales françaises, c’est-à-dire ce qu’est un COD, un COI, quelle est la signification du plus-que-parfait, de l’imparfait…. Bref, les langues anciennes donnent beaucoup de clés de compréhension des langues que nous parlons tous les jours. Il en est de même en ce qui concerne l’étymologie: beaucoup de mots de la langue française sont des mots dérivés des langues mortes (par exemple, en médecine beaucoup de mots sont construits à partir de racine grecque).

Non seulement la connaissance des langues latines et grecques à travers l’étymologie permet de comprendre la signification de termes inconnus auparavant (et enrichit donc votre vocabulaire) mais en plus, elle donne l’occasion d’une réflexion littéraire ou philosophique à travers les différents sens qu’a le terme en question dans la langue ancienne et le sens qu’il a pu donner par la suite dans la langue vivante.

De plus, l’étude des langues latines et grecques donne la possibilité de découvrir les civilisations romaine et grecque, qui ont une importance capitale dans notre histoire puisque la culture et la mentalité de ces peuples fondent notre propre culture. Ainsi est-il intéressant de connaître le système démocratique grec du Vème siècle avant Jésus Christ à travers le regard des contemporains, c’est-à-dire des gens qui vivaient à cette époque, afin de révéler l’idée qu’ils s’en faisaient et de montrer comment la pensée humaine a évolué au fil du temps. Cette évolution est beaucoup facile à comprendre à travers l’étude des termes, de l’évolution des mots car ce sont eux qui traduisent les idées. De même, la compréhension de textes décrivant les mythes de la religion romaine permettent de découvrir cette religion et de s’imaginer la mentalité et l’atmosphère de l’époque. Enfin, vous aurez facilement deviné que les langues anciennes se trouvent au carrefour de plusieurs matières: en faisant du grec et/ou du latin, vous aurez des outils de travail et de réflexion qui vous faciliteront la découverte de la philosophie, l’apprentissage de toutes les autres langues, de l’Histoire.

Quant à cette dernière discipline, que je pratique à l’université, je peux tout à fait affirmer que faire du latin pendant six ans et du grec pendant deux ans m’a considérablement servi. En effet, en Histoire Ancienne, nous avions le choix entre Histoire Grecque ou Histoire Romaine; dans les deux cas, les textes sont traduits en français mais connaître les langues originales me permet de revenir sur le texte original et de mieux le comprendre, voire de déceler des idées qui ne transparaissent pas tout à fait en français. De même en Histoire médiévale, puisqu’en Europe, la langue latine a été parlée et écrite jusqu’au XIIIème siècle. Les langues anciennes sont donc très riches en enseignement et la pire des choses qui pourrait arriver serait leur suppression au lycée. C’est un plus indéniable dans un parcours scolaire et je vous invite, quel que soit vos projets professionnels, à tenter l’aventure. »

Mouna EL MOKHTARI
Collège de Trilport, Bac L 2002 option latin/grec, mention bien